Christian Gautier, un pionnier de la bio-informatique15/12/05 Né en 1949 dans la région nantaise d'un père et d'une mère instituteurs, Christian Gautier a d'abord voulu devenir enseignant dans le secondaire. Il aimait la biologie. Tout en s'avérant brillant en mathématiques. Ce qui l'a conduit de fil en aiguille vers la recherche en bio-informatique, dans le domaine naissant de la génomique, tant pour la compilation et l'organisation des données que pour leur analyse. Il est aujourd'hui professeur à l'université Claude Bernard de Lyon, où il dirige le Laboratoire de biométrie et biologie évolutive, tout en assumant de nombreuses autres responsabilités (il est directeur de la plate-forme bioinformatique Rhône-Alpes, et président de la section du CNRS consacrée à la biodiversité, à l'évolution et aux adaptations biologiques).
Entretien avec Christian Gautier mené par Anne Lefèvre-Balleydier.
Vous avez opté pour la génomique à ses débuts. Par hasard ?En partie. Comme je n'étais pas trop mauvais en mathématiques, on m'a encouragé dans cette voie. J'ai donc rejoint l'Ecole normale supérieure en 1969, obtenu mon agrégation de mathématiques, puis un diplôme d'études approfondies (DEA) dans cette discipline. Mais j'avais en tête de faire de la biologie, et j'ai donc également passé un DEA de Génétique quantitative et appliquée. On m'a alors proposé un poste d'assistant à l'université de Lyon, en génétique. Là, j'ai fait ma thèse sous la direction de Richard Grantham, et j'ai commencé à travailler sur les problèmes d'interface entre mathématiques et génomique. Pourtant personnellement, j'étais au départ plus attiré par l'écologie. Finalement, la boucle est bouclée : je suis actuellement le président de la section d'écologie du CNRS... Très vite, vous avez créé avec l'équipe de Richard Grantham la première banque de données sur les acides nucléiques
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| Structuration du chromosome 1 humain en isochores. Le graphique du haut montre la variation du taux de G+C (pourcentage des lettres C et G) le long de la séquence du chromosome ; celui du milieu, la densité en gènes ; celui du bas, la répartition des isochores en trois classes : en rouge, les isochores de classe dite H (high) au sein desquels le taux de G+C est supérieur à 72%, en vert ceux de classe L (low, taux de G+C inférieur à 56%) et en bleu ceux de classe M (medium). Source : Christelle Melo de Lima, Développement d’une approche markovienne pour l’analyse de l’organisation spatiale des génomes, thèse soutenue le 28 novembre 2005, université Claude Bernard de Lyon. |
On peut dire en effet qu'a contrario, la théorie neutraliste de Mooto Kimura a été un moteur. Notre équipe a cherché à tester cette théorie : c'est ce qui a déclenché nos recherches sur l'impact de la sélection naturelle sur le génome. M. Kimura a popularisé l'idée selon laquelle une grande partie des mutations se fixent par dérive génétique, sans procurer un avantage particulier aux individus qui les portent. Avant même les travaux de M. Kimura, un autre Japonais, Noboru Sueoka, avait proposé que les fréquences des bases dans les génomes reflétaient, en fait, des fréquences inégales des différentes mutations possibles (on parle de biais mutationnel). Nous avons donc cherché à voir dans quel cas la structuration du génome s'explique bien par la sélection naturelle : le style d'écriture d'E. coli en est un exemple. Mais dans beaucoup de cas, force a été de constater l'existence d'un biais mutationnel : un des exemples les plus clairs est la très faible fréquence avec laquelle un C (cytosine) est suivi d'un G (guanine) au sein du génome humain, structure qui résulte d'un fort taux de mutation d'un C quand il est suivi d'un G.
Aujourd'hui, les relations entre évolution et fonction, via l'analyse statistique de la structuration du génome, constituent toujours un de nos axes de recherche.
Un axe important concerne le développement de modèles à l'interface entre biologie, mathématiques et informatique. Nous participons ainsi à un projet de cartographie comparée des génomes de vertébrés. On connaît en effet aujourd'hui les génomes de plusieurs vertébrés - homme, souris, rat, chimpanzé, etc. Or leur comparaison s'avère très importante : quand on a établi la fonction d'un gène chez un organisme modèle, on peut éventuellement en déduire celle de son gène homologue chez l'homme, avec de possibles retombées en médecine. Le problème, c'est qu'on ne peut pas comparer des génomes simplement en les accolant les uns aux autres. Car au cours de l'évolution, leur structure spatiale a été remodelée. De plus, pour une même espèce, il existe plusieurs systèmes de cartographie (cartes physique, génétique, cytologique mais aussi séquences...) qui ne sont pas toujours cohérents entre eux.
L'idée est donc de représenter toutes ces connaissances purement textuelles dans un cadre formel, de façon à pouvoir les implémenter sur une machine. Le but étant d'arriver à manipuler ensemble toutes les cartes, mais aussi les relations d'homologie connues entre différentes espèces, les données sur l'expression des gènes, sur leur polymorphisme... Un travail important de modélisation a été entrepris au sein du projet INRIA HELIX, en particulier en collaboration avec l'équipe de François Rechenmann à Grenoble. Une première base de données a été mise sur pied qui peut être consultée sur le net
depuis un an. Elle a d'ores et déjà permis d'obtenir des résultats concrets, bien qu'un peu hors du champ de recherches d'abord visé : en s'attachant à observer certains polymorphismes, Vincent Navratil et Abdel Aouacheria ont mis en évidence des polymorphismes spécifiques de cellules tumorales.
C'était un visionnaire, qui a créé une véritable école de biométrie lyonnaise. Avant lui, il y avait d'un côté des laboratoires de biométrie où travaillaient des mathématiciens, et de l'autre des biologistes qui collaboraient ponctuellement avec eux. Jean-Marie Legay a montré que l'interpénétration des deux disciplines était possible, et même fructueuse. Il a vu avant l'heure l'importance qu'il fallait accorder à la modélisation dans les systèmes biologiques. C'est donc quelqu'un qui a joué un grand rôle dans le devenir de tous les biométriciens lyonnais. Aujourd'hui, nous ne nous considérons ni comme des matheux, ni comme des biologistes. Nous avons les deux cultures, tout en ayant des connaissances en informatique, car elle intervient à la fois comme puissance de calcul et langage de modélisation. Naturellement, il y a au sein du laboratoire une sorte de gradient de compétences entre ceux qui ont plus l'habitude de la paillasse, et viennent plutôt de la biologie, et ceux qui sont plus dans la théorie, qu'elle soit mathématique ou informatique. Mais c'est grâce à ce gradient que des interactions se produisent !
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