Christian Barillot : ce que pourraient voir les chirurgiens pendant une intervention03/06/05 Grâce aux images médicales, les neurochirurgiens peuvent voir ce qui reste invisible à l'œil nu : l'intérieur du cerveau. Mais, pendant l'intervention, dès qu'ils ouvrent la boîte crânienne et regardent par eux-mêmes, ils n'ont plus qu'une vision de surface. Pour voir au dessous, ils doivent inciser. Pour Christian Barillot, l'imagerie médicale pendant l'opération pourrait leur permettre de voir en profondeur.
Directeur de recherche au CNRS, Christian Barillot s'est intéressé au traitement de l'information, du signal et de l'image dès ses travaux de doctorat. Il approfondit ce thème aux États-Unis, où il est accueilli pendant 18 mois au sein de la clinique privée la plus importante du pays, la Mayo Clinic, à Rochester, dans le Minnesota.
Au sein de VISTA, Christian Barillot poursuit ses recherches sur l'imagerie médicale, un thème qui prend de plus en plus d'importance dans l'équipe jusqu'à ce qu'en 2004, il monte son propre projet de recherche, VISAGES. Dès ses travaux de thèse, Christian Barillot a choisi de travailler au plus près des équipes médicales. C'était au début des années 80, ses recherches, encadrées par le Professeur Scarabin, neurochirurgien, portaient sur la synthèse d'images et ses applications à l'imagerie médicale. Depuis, ce thème est resté son domaine de prédilection et dans le projet VISAGES qu'il a créé en 2004, il concentre ses travaux sur les pathologies de la tête et du cou.
La précision, en profondeurLa neurochirurgie est affaire de précision. On ne taille pas au hasard dans le cerveau humain, c'est pourquoi le chirurgien prépare son intervention avec des images acquises avant l'opération, par imagerie par résonance magnétique (IRM) notamment. Toutefois, la topologie du cerveau évolue, avec l'anesthésie, la pression artérielle, etc. Plusieurs études internationales ont montré que l'ouverture de la boîte crânienne, sans intervention directe sur le cerveau, pouvait entraîner des modifications de topologie de plus d'un centimètre.
L'échographie pourrait être utilisée en salle d'opération et donner cette information, jusqu'à 10 cm de profondeur, mais elle reste moins facile d'interprétation que l'IRM, qui reste à ce jour difficile à mettre en œuvre pendant l'opération. Christian Barillot veut associer les deux : utiliser des informations données par l'échographie pendant l'opération pour modifier, en temps réel, les images IRM acquises avant, y compris sur le volet fonctionnel. Cet objectif pose plusieurs problèmes scientifiques aux chercheurs. La fusion d'images est un thème de recherche désormais classique. L'équipe de Christian Barillot se spécialise sur l'adaptation de l'image échographique, en vue de son intégration à l'image IRM. Grâce à l'utilisation de mesures statistiques et une modélisation du signal échographique recueilli, on peut améliorer l'intégration des informations obtenues dans l'image IRM.
Le deuxième enjeu est lié au temps réel La sécurité informatique est le troisième axe de recherche. Il faut garantir Actuellement, des tests sur l'acquisition d'images échographiques au cours de l'intervention sont conduits pendant différentes opérations sur des tumeurs bénignes au centre hospitalier de Rennes. De même, la reconstruction d'images intégrant les deux sources (échographique et IRM) est également en cours d'expérimentation. L'étape suivante portera sur la restitution en temps réel de ces images fusionnées au chirurgien. La modélisation des gestes chirurgicauxL'introduction de ces technologies entraîne une modification dans la pratique des chirurgiens, notamment dans l'organisation d'une intervention. Les capteurs échographiques introduisent une nouvelle contrainte dans l'environnement chirurgical. C'est pourquoi, parallèlement aux recherches sur l'imagerie, l'équipe de Christian Barillot s'intéresse à la modélisation de cette nouvelle pratique : identifier toutes les entités intervenant au cours d'une intervention, décrire les relations entre ces entités, les gestes nécessaires et définir l'assistance, les paramètres ou les outils dont aura besoin le chirurgien pour lancer telle ou telle procédure. Un tel modèle pourrait ensuite être utilisé pour la formation des chirurgiens. Les problèmes rencontrés par les chirurgiens et leurs besoins sont les principaux moteurs des recherches de Christian Barillot qui a tissé à Rennes et dans la région des partenariats de travail avec différentes équipes médicales. C'est important pour identifier les problèmes et réorienter les travaux en permanence. En effet, il peut se passer 15 ou 20 ans entre le moment où une recherche est lancée et le moment où elle est adoptée dans la pratique clinique. |